Module 1 — Quand plusieurs agents valent mieux qu'un seul
Le cours précédent s'achevait sur une idée simple : un agent bien consigné, doté de deux ou trois outils, résout déjà beaucoup de problèmes concrets. Ce cours démarre sur la question inverse — à quel moment faut-il cesser d'ajouter des consignes à un agent unique et découper le travail en rôles distincts ? La réponse n'est pas idéologique : elle est mesurable, et vous devez la reconnaître avant même d'installer CrewAI.
Un agent unique fait déjà beaucoup
Reprenons le fil rouge de ce cours : produire une documentation produit de dix pages à partir de spécifications techniques. Avant toute équipe, un seul agent avec la consigne « lis les spécifications, écris la documentation, relis-toi » y arrive souvent. Il est plus court à écrire, moins coûteux, plus rapide et surtout plus prévisible : une seule chaîne d'exécution, une seule trace, un seul modèle mental.
Cette base doit rester votre référence. La question à poser au moment de multiplier les agents n'est pas « une équipe ne serait-elle pas plus élégante ? » mais « qu'est-ce qu'un agent unique n'arrive pas à faire, et pourquoi ? ». Sans réponse claire à cette question, vous allez vendre au client un coût multiplié par trois pour un résultat identique.
Les trois raisons qui justifient une équipe
Trois motifs, et trois seulement, rendent la spécialisation rentable.
Le premier est la séparation rédaction contre relecture. Un modèle qui vient d'écrire un texte a beaucoup de mal à en juger la qualité : il connaît trop bien ses propres tournures, tolère ses propres imprécisions et défend implicitement ses choix. Un second agent, dont l'objectif est explicitement « repérer les incohérences, les affirmations non sourcées, les répétitions », détecte des défauts que le rédacteur ne verra jamais. C'est la version algorithmique d'un principe éditorial vieux comme l'imprimerie.
Le deuxième motif est la spécialisation par domaine. L'analyste doit être précis sur les spécifications techniques et tolérer une pauvreté stylistique ; le rédacteur doit produire un français fluide, quitte à demander une clarification quand une spécification est ambiguë. Donner ces deux objectifs contradictoires à un même agent revient à lui demander de choisir en cours de route ce qu'il est en train de faire — et il choisit mal.
Le troisième motif est la délégation à un responsable. Quand deux agents s'opposent — le rédacteur trouve une spécification lisible, le relecteur la trouve ambiguë — un troisième acteur doit trancher. Un agent unique ne peut pas se contredire pour se corriger ; une équipe, oui.
Les coûts, souvent oubliés
Une équipe de quatre agents multiplie approximativement par quatre le nombre d'appels au LLM, et donc la facture, la latence et la variabilité. Chaque agent doit relire au moins une partie du travail des précédents pour comprendre son contexte, ce qui gonfle les jetons d'entrée. La trace d'exécution est plus longue à lire, les erreurs plus nombreuses à diagnostiquer.
Un point contre-intuitif mérite d'être signalé : plus il y a d'agents, plus la qualité peut baisser si les rôles se chevauchent. Deux rédacteurs qui se marchent dessus produisent un texte moyen ; un rédacteur et un correcteur produisent un texte structuré puis nettoyé.
Le critère que vous pouvez appliquer aujourd'hui
Une équipe se justifie quand un agent unique échoue de manière prévisible et pour une raison identifiable — jamais parce que c'est plus impressionnant dans une démonstration. Écrivez la version « un agent » d'abord, mesurez ce qu'elle rate, puis introduisez un rôle par défaut identifié. Vous économiserez des semaines et de la facture.
Consignez à un agent unique la tâche complète, exécutez trois fois, lisez les sorties. Notez précisément ce qui manque : incohérences ignorées, style bavard, spécifications mal interprétées. Ces défauts précis désignent les rôles à créer. Sans ce diagnostic, vous n'aurez pas de critère pour dire quand votre équipe est suffisante.
En résumé
- Un agent unique bien consigné couvre plus de cas qu'on ne le pense ; c'est la référence à battre, pas à mépriser.
- Une équipe se justifie pour séparer rédaction et relecture, spécialiser par domaine ou permettre l'arbitrage — pas parce que c'est plus moderne.
- Chaque agent supplémentaire multiplie coût, latence et variabilité ; sans gain identifié, c'est du gaspillage.
- Le critère est empirique : diagnostiquer d'abord ce qu'un agent unique rate, puis introduire un rôle par défaut nommé.
Module suivant : définir un agent CrewAI par son rôle, son objectif et son contexte, et instancier les quatre agents du fil rouge.