Module 7 — Consignes dans la langue du résultat
Une consigne écrite dans une langue et exécutée dans une autre engendre des sorties bizarres, souvent plausibles à première lecture, toujours maladroites à la deuxième. Ce module traite le cas particulier — mais courant — de la consigne rédigée en anglais pour un résultat attendu en français.
La règle qui règle 80 % des cas
Écrire la consigne dans la langue du résultat attendu. Une consigne en français produit des sorties plus fluides en français que la même consigne traduite depuis l'anglais, pour deux raisons.
D'abord, la consigne pré-active dans le modèle des motifs de vocabulaire et de syntaxe de la langue cible. Ensuite, les exemples donnés dans la consigne sont eux-mêmes en français, ce qui verrouille le registre.
Un rapide test contrôlé sur notre fil rouge : la même tâche d'extraction, mais rédigée en anglais avec le courriel français en entrée. Le taux de sorties comportant un anglicisme (« The delivery has been delayed » apparaissant dans une clé « raison ») passe de 2 % à 11 %. C'est un gaspillage évitable de qualité.
Les anglicismes qui trahissent une consigne traduite
Certains mots signalent immédiatement une consigne écrite ou pensée en anglais.
| À éviter | À préférer |
|---|---|
| supporter (une charge) | prendre en charge, gérer, tolérer |
| adresser (un problème) | traiter, résoudre, aborder |
| réaliser (au sens de comprendre) | se rendre compte, comprendre |
| au final | finalement, en fin de compte |
| basé sur | fondé sur, à partir de, d'après |
| en charge de | chargé de, responsable de |
| initier (une action) | lancer, entamer, engager |
| adresser un utilisateur | s'adresser à un utilisateur |
| déployer un effort | fournir un effort, faire un effort |
| implémenter | mettre en œuvre, mettre en place, coder |
Ces mots ne sont pas faux dans l'absolu — l'usage a évolué — mais leur fréquence anormale dans une sortie révèle une consigne mal enracinée. Corriger la consigne coûte moins que corriger chaque sortie.
Les calques de structure
Plus insidieux que les mots isolés : les tournures syntaxiques calquées sur l'anglais. Quelques exemples typiques dans les consignes générées :
Le futur simple omniprésent. L'anglais utilise will là où le
français préfère le présent de narration ou le futur proche. Une consigne
qui dit « le modèle produira une sortie » se traduit à l'anglaise ; « le
modèle produit une sortie » se lit mieux.
Les phrases nominales à rallonge. « Génération de rapport de
performance mensuel de vente » est un calque de monthly sales performance report generation. Le français préfère « générer chaque mois un rapport
de performance des ventes ».
Le possessif surdimensionné. « Vérifie ta réponse et sois sûr que ton
JSON est valide » vient de check your answer and make sure your JSON is valid. En français : « Vérifie la réponse et assure-toi que le JSON est
valide ».
Les points de suspension en énumération. L'anglais accepte « complete, review and ship... »; le français ferme ses listes par « et » avant le dernier élément et évite les points de suspension.
Tutoiement et registre
L'anglais ne fait pas la différence entre you de politesse et you de
familiarité. La consigne en français doit décider explicitement :
Utilise le vouvoiement. Aucun tutoiement, même dans les tournures
impersonnelles (« il faut », plutôt que « tu dois »).
Sans cette clause, le modèle alterne, souvent selon la formulation de la consigne elle-même. Une consigne écrite avec « tu » (« tu extrais... ») tend à produire des sorties tutoyantes ; une consigne écrite avec « l'assistant » ou « le système » produit du vouvoiement.
Pour notre fil rouge, le canal support d'une enseigne vouvoie ses clients. Cette contrainte est stable et vit dans la consigne système, pas dans chaque appel :
SYSTEME = """
Tu es le rédacteur du support Baresso. Tu vouvoies systématiquement le
client, sans exception, y compris dans les tournures impersonnelles.
Aucun tutoiement, aucune familiarité, jamais.
""".strip()
Dates, nombres et unités
Un modèle entraîné majoritairement sur du contenu anglophone produit par défaut :
- Dates au format
MM/DD/YYYY(« 09/06/2026 » interprété à l'américaine) - Point décimal (« 3.50 » au lieu de « 3,50 »)
- Devises anglaises (« $ » ou « USD » au lieu de « € »)
- Séparateur de milliers en virgule (« 1,500 » au lieu de « 1 500 »)
Dans une consigne système en français rigoureuse :
Formats obligatoires :
- Dates au format JJ/MM/AAAA (« 06/09/2026 »).
- Nombres décimaux avec virgule (« 3,50 »).
- Devises en euros, symbole « € » en fin de nombre avec espace insécable
(« 12,50 € »).
- Séparateur de milliers : espace fine, jamais de virgule (« 1 500 »).
Ces règles sont explicites parce qu'elles ne vont pas de soi pour un modèle multilingue à prédominance anglophone.
« 12,50 € » avec espace fine insécable (U+202F ou U+00A0) n'est pas
la même chose que « 12,50 € » avec espace normale. Le second peut se
retrouver coupé en fin de ligne, mettant l'euro sur la ligne suivante.
Sur des sorties destinées à un e-mail HTML ou à une facture PDF, cette
distinction est visible. La consigne peut spécifier « espace insécable
avant l'euro » et le respect est mesurable à l'octet près.
Ponctuation typographique
Le français utilise des règles de ponctuation distinctes de l'anglais :
- Espace insécable avant
:,;,?,! - Guillemets français
« »avec espace insécable interne - Tiret cadratin
—pour les incises, pas le tiret court-
Un texte français produit sans ces règles se lit comme une traduction. Ajouter dans la consigne :
Ponctuation : guillemets français « ... » avec espace insécable interne,
espace insécable avant : ; ? !, tiret cadratin « — » pour les incises.
Certains modèles respectent, d'autres ignorent. Cette contrainte figure donc au module 9 sur les métriques : compter automatiquement l'usage correct de la typographie française est trivial et devient un critère mesurable.
Traduire ou régénérer ?
Question fréquente : pour servir un site multilingue, faut-il traduire la sortie française en anglais, ou régénérer depuis la consigne anglaise ?
Presque toujours : régénérer. Une traduction hérite des tournures françaises et sonne artificiellement en anglais. Une régénération avec consigne anglaise et exemples anglais produit un anglais natif. Le surcoût en jetons est mineur ; la fluidité gagnée est considérable.
L'exception : quand une décision doit être identique dans les deux langues (un JSON de champs, par exemple). Là, on extrait une seule fois et on traduit le rendu final si nécessaire, pour éviter que deux appels donnent deux décisions différentes.
Une consigne qui essaie de traiter français et anglais en même temps (« si le courriel est en français, réponds en français ; sinon en anglais ») produit une qualité moyenne dans les deux langues. Deux consignes indépendantes, chacune monolingue, produisent une qualité supérieure dans chaque langue. Le coût d'ingénierie est doublé, la qualité perçue aussi.
En résumé
- Écrire la consigne dans la langue du résultat : c'est le premier levier de qualité, avant même le choix des exemples.
- Traquer les anglicismes (« supporter », « adresser », « au final ») et les calques de structure (futur systématique, phrases nominales à rallonge, possessif surdimensionné).
- Vouvoyer explicitement dans la consigne système : le modèle alterne sinon, souvent au fil de la formulation.
- Formaliser les formats français : dates JJ/MM/AAAA, virgule décimale, euros, ponctuation avec espaces insécables.
Module suivant : la sécurité — ce qui se passe quand le courriel lui-même contient une consigne cachée.