Module 1 — Modèles discriminatifs et modèles génératifs
Jusqu'ici, la plupart des cours de deep learning ont entraîné des réseaux à répondre : « quelle classe ? », « quelle valeur ? ». C'est de la modélisation discriminative. Ce cours prend l'exposition à contre-pied et se concentre sur des modèles qui produisent des données nouvelles : chiffres manuscrits, visages, phrases, sons. Avant d'écrire une seule ligne de code, il faut comprendre pourquoi ces deux points de vue mènent à des architectures et à des pièges différents.
Deux quantités à ne pas confondre
Un modèle discriminatif approche la distribution conditionnelle : sachant l'entrée , quelle est la probabilité de chaque étiquette ? Un classifieur d'images entraîné sur MNIST modélise « sachant cette image de pixels, quelle est la probabilité que ce soit un 3 ? ». Il ne sait rien dire de la probabilité que l'image existe en tant que telle.
Un modèle génératif approche la distribution jointe ou, plus souvent, la distribution marginale des données elles-mêmes. « Sachant que je m'intéresse aux chiffres manuscrits, quelle est la probabilité qu'une image donnée soit une image plausible de chiffre ? » Ce déplacement paraît anodin ; ses conséquences sont énormes.
La règle de Bayes rappelle qu'à partir d'une bonne modélisation de et de , on peut reconstruire un classifieur. C'est la logique historique du bayésien naïf. L'inverse n'est pas vrai : un classifieur discriminatif ne permet ni de générer de nouveaux , ni de détecter qu'un est hors distribution.
Générer, c'est échantillonner
Un modèle génératif utile ne se contente pas de calculer une densité : il permet d'échantillonner, c'est-à-dire de tirer au sort des exemples selon . C'est cette capacité qui distingue « un modèle qui sait reconnaître un chiffre plausible » d'« un modèle qui sait en produire un ».
Deux façons opposées d'échantillonner traversent tout le cours :
- La voie autorégressive décompose et tire les pixels, les jetons ou les échantillons audio un par un. Elle est exacte, lente à l'inférence et dominante en génération de texte (GPT).
- La voie par variable latente postule une variable cachée et modélise . On tire facilement (souvent gaussien), puis on transforme en par un réseau. C'est la mécanique des VAE (module 3), des GAN (module 4) et, sous une forme itérative, des modèles de diffusion (module 6).
Maximiser la vraisemblance des données d'entraînement ne garantit pas des échantillons visuellement convaincants. Un VAE atteint une meilleure vraisemblance qu'un GAN sur MNIST tout en produisant des chiffres nettement plus flous. C'est le premier signe que l'objectif d'entraînement et le critère humain de qualité ne coïncident pas — le module 8 y reviendra avec les métriques FID et IS.
Les trois familles et leur chronologie
Trois grandes familles se partagent la génération moderne. Elles ne sont pas concurrentes mais complémentaires, chacune payant un compromis différent.
| Famille | Idée | Force | Faiblesse |
|---|---|---|---|
| Autoencodeur variationnel (VAE) | Encoder vers une distribution latente, décoder | Entraînement stable, densité calculable | Reconstructions floues |
| Réseau antagoniste (GAN) | Générateur contre discriminateur | Échantillons nets et rapides | Entraînement instable, effondrement des modes |
| Modèle de diffusion | Bruiter puis apprendre à débruiter | Qualité de pointe, entraînement stable | Échantillonnage coûteux |
L'ordre historique compte pour lire les papiers. Les VAE apparaissent en 2013, les GAN en 2014, la version moderne des modèles de diffusion (DDPM) en 2020. Chaque famille est née d'une frustration face à la précédente : les GAN pour la netteté que les VAE ne produisaient pas, les modèles de diffusion pour la stabilité que les GAN n'offraient pas. Aucune n'a rendu les autres obsolètes : la production de texte reste autorégressive, la production d'images est dominée par la diffusion, et les VAE servent d'auxiliaire dans les modèles de diffusion latente que le module 6 étudiera.
Ce que le fil rouge du cours illustre
Ce cours va construire ces trois familles, dans cet ordre, en gardant à chaque étape le même contexte pédagogique. Les modules 2 à 5 travaillent sur MNIST : les chiffres manuscrits sont assez simples pour qu'un VAE ou un petit GAN tiennent sur un GPU de portable, et assez structurés pour qu'un effondrement des modes se voie à l'œil nu. Les modules 6 à 8 basculent sur CelebA en pixels, car la diffusion et les métriques modernes n'ont d'intérêt que sur des images naturelles avec de la variabilité.
La dernière partie du cours (modules 9 et 10) sort de l'image pour élargir au texte et à l'audio, puis aborde la question qui décide de l'usage réel de ces techniques : à qui appartiennent les données d'entraînement, et à qui appartiennent les visages générés ?
En résumé
- Un modèle discriminatif approche et sait classer ; un modèle génératif approche et sait produire ou détecter du hors distribution.
- Un modèle génératif utile fournit un mécanisme d'échantillonnage : autorégressif (jeton par jeton) ou par variable latente (tirer , transformer en ).
- Vraisemblance et qualité perçue ne coïncident pas : les VAE gagnent en vraisemblance, les GAN gagnent en netteté, et les modèles de diffusion arbitrent différemment le compromis.
- Les trois familles — VAE, GAN, diffusion — sont complémentaires ; leur ordre historique explique les frustrations qu'elles cherchaient chacune à corriger.
Module suivant : le point de départ le plus simple, l'autoencodeur ordinaire, et pourquoi il ne suffit pas à générer.